Mais regarde où nous en sommes, regarde ce que tu as fait. De moi, des autres. Tu vois comme je suis faible - au pied du monde, au pied du mur - et comme mes mots te cherchent, comme ils viennent te trouver, te saisir et te blesser - jusque dans le bout de tes doigts et sous ta peau. Je ne sais pas ce que tu as fait de moi et qui je suis aujourd'hui, je voudrais simplement que tu saches le mal qu'on s'est fait. J'ai mal, mal de t'avoir laissé m'abandonner si facilement, mal de toi et de cet amour baffoué, craché, que tu m'as rendu, dont tu n'as plus voulu. J'ai mal, encore. Je te rend nos souvenirs, nos instants, nos baisers puisqu'ils pèsent trop lourds sur mon dos et dans mes mains. Je te donne les photos, les dernières, celles qui me rendent folle. Je n'en peux plus, j'ai chuté... comment pourrais-je aller plus bas, me faire plus mal, plus mal que ça? J'ai chuté et seule, j'ai chuté. On ne chute que seule, j'ai perdu ta main dans les nuages, j'ai perdu mon intégrité dans tes bras, sous ta peau et dans tes yeux. J'ai tout perdu en un instant alors que je te voulais depuis toujours, depuis le début de ma vie, dès mon premier sourire. Je t'ai eu si peu, le temps d'un éclaire, le temps d'un coup de folie... je ne sais même plus. Le temps est injuste et incertain, il est menteur et fourbe... je m'y suis perdue, tu vois; je m'y suis noyée, comme je me noie dans tes dessins, dans nos images - des arrêts sur image. J'ai ton visage et ses traits dans mon esprit et mon coeur qui cogne, qui bat toujours autant. J'aurais voulu avoir dit non, j'aurais aimé avoir pris le risque... au moins, de dire non et à demain, non et je te quitte. J'aurais simplement souhaité m'en sentir capable et courire, partir avant qu'il ne soit trop tard, m'enfuir et t'abandonner à toi-même. On m'avait dit méfie-toi, on m'avait dit n'aime pas - pas tant que ça. Je t'ai aimé sous la pluie, je t'ai aimé les yeux fermés, je t'ai aimé à contre sens - de toutes les manières du monde. Comme une femme, comme un enfant, comme une soeur, comme une mère, comme un père mais je te laisse, je t'abandonne... avant le crime passionnel, avant une guerre de tranchée, avant un génocide, un fraticide, le matricide, le paricide - avant que tu ne reviennes, que tout recommence et que tout ne s'achève... encore.


